Being be-rewt



Mardi 03 janvier 2006

Pourquoi j'ai tourné le dos à la recherche française

Je m'étais dit depuis longtemps qu'il faudrait que j'explique un jour comment le bon petit soldat à la solde de la Recherche Nationale que je m'apprétais à devenir a changé de direction pour fuir à l'étranger, pourquoi j'ai décidé cet été de ne pas prolonger mon bail avec maman patrie.

J'ai passé un peu plus de quatre années en thèse, et exactement quatre ans sous contrat avec l'état. Le changement s'est opéré peu à peu durant cette période.

Guerre d'influence

Avant même de débuter la thèse, tu te rends compte qu'il faudra laisser de coté la vision idyllique du monde merveilleux de la recherche où tous les membres actifs travaillent pour le bien de la communauté. Querelles personnelles, carriérisme, luttes d'influence et de pouvoir, même (surtout) dans un laboratoire aisé, tu te rends vite compte que la science n'est pas la seule préoccupation. Ceci dit, tu ne fais que passer, tu te dis que tu peux vivre en marge de tout cela, tu feras avec et avec un peu de chance tu pourras changer les choses. Avec le temps ça devient malgré tout de plus en plus pesant, surtout quand on sait que le champ de bataille préféré de tous ce beau monde se trouve au rayon recrutement ; la taille des effectifs est une donnée cruciale.

Plus tu arrives près de la sortie et plus tu te dis que si c'est pareil ailleurs (et pourquoi en serait-il autrement) tu risques de jouer ta carrière au mieux sur une co-optation réussie (ahh, l'influence d'un bon directeur de thèse), au pire sur une tractation obscure ou sur un conflit dont tu ne sais rien. D'un seul coup, la grandeur de la recherche parraît bien loin.

Routard fauché

Les conditions de vie d'un doctorant ne sont pas si abominables que j'aimerais le laisser croire, au moins on a un salaire, ce qui n'est pas si mal pour un jeune diplomé. Surtout, elles diffèrent énormément selon les doctorants. Dans les filières scientifiques, dont je fais partie, les moins chanceux sont les meilleurs, aussi bizarre que ça puisse parraître. Si tu es assez bon, tu auras une allocation de recherche. Terme pompeux désignant un contrat du ministère de la recherche, le moins bien payé de tous ceux disponibles, le moins avantageux. Quand les guerres de clochers te paraissent ridicules et donnent l'impression que le recrutement peut être injuste, ce genre de petite chose en rajoute une couche. Si le salaire d'un doctorant est suffisant pour ne pas être à la rue, il n'offre aucune visibilité : situation précaire, salaire éloignée de ce à quoi tu pourras prétendre dans quelques années, si tu veux un prêt, tu as intérêt à demander de l'aide à papa et maman pour convaincre monsieur le banquier.

Pendant la thèse, pas terrible donc, mais le pire c'est après. La tendance actuelle pousse les jeunes docteurs à partir en post-doctorat pour enrichir leur dossier. Et là, autant l'avouer, partir pour un ou deux ans quand on a 26 ans passé sans savoir ce que ça permettra d'avoir par la suite, c'est pas terrible, surtout si on est plus célibataire, ce qui arrive même à des gens biens. Le résultat est le suivant : beaucoup de ceux qui n'abandonnent pas tentent de trouver des missions courtes (moins d'un an) à l'étranger pour pouvoir candidater le plus vite possible. Un an, six mois, des durées ridicules quand on doit en plus s'adapter à une nouvelle équipe de recherche. Personnellement, la syntaxe me fais chier, me farcir un changement de contexte pour remplir une ligne sur un CV n'est pas pour moi, pas parce qu'un poste ne le vaut pas, uniquement parce qu'à un moment, on est las de devoir donner toujours plus.

Tu pourrais faire les chiottes en plus ?

Il faut que tu goûtes aux responsabilités La phrase cache souvent la volonté pour un enseignant de sous-traiter un cours, un sujet d'examen, une réunion. Le doctorant est proche des étudiants, le doctorant doit apprendre le métier, le doctorant maudit les heures passées à préparer tout cela alors qu'il devrait bosser sur sa thèse. L'idée est toutefois bonne en théorie, s'acclimater à l'enseignement avec un guide. En pratique, beaucoup d'enseignants délèguent sans vérifier, sans aider, trop heureux de pouvoir alléger leur charge d'enseignement. En plus il arrive que le guide soit nul et ça vous le savez trop bien, vous l'avez déjà eu en cours.

Le coté positif

Si j'ai été trop échaudé pour continuer dans ce monde, j'ai malgré tout apprécié l'expérience. Une liberté totale dans le travail que j'ai eu à effectuer, grâce à un directeur de thèse souple, la responsabilité de son projet dès le début, le besoin de communiquer, avec tout cela, on progresse, on se fait plaisir. La pression économique des résultats est absente, enseigner est certainement un des plus beaux métiers, les horaires sont flexibles, dis comme ça, ça à l'air d'être le bonheur, et c'est vrai que l'on se dit parfois qu'on a de la chance de travailler dans ces conditions.

Finalement, pourquoi changer ?

Pourquoi ne pas garder que le positif ? Simplement parce que je suis narcissique et qu'entendre de beau discours sur l'importance de la recherche et se faire considérer en même temps comme de la chair à canon laisse une vague impression de foutage de gueule. Parce que quitte à être entouré de gueguerre de pouvoir, je préfère l'être dans un environnement où je m'attendais à en trouver. Parce que pour bien faire ce métier, il faut faire des horaires énormes pour peu de considération. Le trop faible aura de la recherche française la rend repoussante pour beaucoup d'étudiants. Après y être passé, je ne suis toujours pas de cet avis mais je le comprends et ça me peine énormément.

be-rewt à 13:48 - Haut

Commentaires

Je croie que tu n'es pas le seul, j'ai un copain et une copine qui on fait un doctorat en biologie en France. Ils ont fait un post-doc aux Etats Unis (Boston), et sont revenus en France. En France ils ont galéré dans des labos sans aucun status stables, au bout de 2 ans ils ont décidés de reparti à Boston. Là bas, ils ont facilement (à distance et en moins de 6 mois) trouvé 2 super postes.

OlivierM à 20:15, le 03.01.06 - Son site - Haut


Mon cas ne doit effectivement pas être isolé. Les grandes réunions de moniteurs (doctorant de toutes disciplines ayant un contrat pour enseigner) étaient d'ailleurs gorgées d'exemples de ce type. Les moins bien logés rajoutant à la situation que je décris un directeur de thèse tyranique.

be-rewt à 07:57, le 04.01.06 - Haut


C'est marrant, ce que tu as écrit reflète quasi-exactement ma pensée : pourquoi s'embêter à persister dans la voie de la recherche publique alors qu'on y trouve finalement le même panier de crabes que dans l'industrie. Ceci dit j'aurais ajouté deux points :
- pour les scientifiques dont je fais partie aussi, le différentiel de salaire entre le public et le privé peut facilement aller du simple ou double, voir plus. Ce n'est pas non plus négligeable
- La nécessité de faire 2-3 post-docs pour avoir une chance d'être recruté ne suffit pas forcément car le contexte "politique" dans le labo ou l'UFR est (comme tu l'as dit) tout aussi déterminant.

En tout cas, félicitation pour ta thèse, DOCTEUR REWT ;)

Tetram9 à 01:15, le 07.01.06 - Son site - Haut


Tetram : Si je n'ai pas parlé salaire, c'est parce que ce point n'est pas déterminant par rapport au reste. Un maitre de conférence vit tout de même correctement.
Concernant la nécessité des post-docs, oui, ce n'est pas toujours indispensable, ça rassure et ça permet de rester "dans le circuit" quand on candidate essentiellement. Mais à qualité égale et sans contexte politique, le post-doc est un gros plus.

be-rewt à 10:16, le 07.01.06 - Haut


Pour ma part, je suis parti initialement pour un postdoc d'un an en angleterre; c'etait en 1997...
Maintenant je suis associate prof. dans une grosse fac americaine. Je remercie vivement mon labo d'origine et toutes les candidats locaux des facs francaises pour m'avoir donne ainsi l'opportunite d'avoir de bien meilleures conditions de travail qu'en France. Bon pour ma part je prefererais vraiment vivre en europe mais il semble que ca soit vraiment trop tard maintenant...

chris à 20:10, le 21.01.06 - Haut


Je comprend tout a fait ce dont tu parles, et encore considère que tu as de la chance de recevoir un salaire, en ce qui me concerne je suis en 4em année de thèse d'histoire Américaine, et j'ai du passer les trois premières année a bosser à plein temps comme prof dans un collège classé en ZEP. A la fin, voyant que ma thèse n'avançait pas j'ai décidé de quitter la France pour venir a Atlanta ou je vis bien mieux qu'en France !
Il ne faut pas se plaindre de la fuite des cerveaux, la recherche francaise et vraiment en jute libre !

Loubna à 14:38, le 12.02.06 - Haut


Ca fait du "bien" de lire ton article et les com... Mon ami et moi sommes tous les deux en thèse de biologie (3ème année mais malheureusemant pas la dernière). Ce n'est pas facile tous les jours mais ça dépend aussi vraiment de l'équipe dans laquelle tu tombes... Nous avons pour projet de partir tous les 2 en post-doc en nord-amérique (plutôt Montreal pour l'instant) et on ne se met pas de stress: si on se plait là bas, si on a un boulot, pourquoi rentrer en France? C'est peut être dommage mais c'est ainsi, je crois qu'il faut penser à soi! En tout cas, à priori je n'ai aucune envie d'enchainer les post-docs en France pour peut-être-un-jour-éventuellement trouver qq chose.... bon courage pour la suite!

Ju à 15:39, le 13.02.06 - Son site - Haut


Je confirme: la recherche est un monde de pourris

anonyme à 22:24, le 19.02.06 - Haut


Salut,

Oui c'est vrai faire une these, ce n'est pas facile et encore moins quand on a la fait en partenariat avec un industriel sans en avoir les avantages salariaux. Allocataire du ministere et moniteur et contrainte industriel, c'est sympa et ca permet de bon coup de gueule..surtout que c'est le directeur de these et le labo qui ramasse le contrat... moi je n'ai quasiment rien vu de l'argent (si, on m'a paye une conf aux USA! super, j'ai partage l'ordi avec trois autres thesards.. privilegié que nous etions, les "ancetres" le partage a 6! ouf! Mais bon, j'ai pas dit, on etait des numericiens.. donc on devait developper du code... on a instaure une regle...du tallion! chouette l'ambiance apres! mais bon on ne va pas pleurer!!)
En fait, je voulais intervenir sur les post-doc etrangers... ca a l'air le pieds a vous lire.. facon de voir! je suis parti au portugal pendant 2 ans (lisbonne) et bien c'etait plus de l'essorage qu'autre chose! sans compter que j'avais une bourse, sans cotisation... et pas assez pour me la faire moi meme.. est-ce ca le pied? est-ce ca etre heureux! Moi je suis rentre en France depuis 3 mois et... j'ai le droit a rien, meme pas au RMI! Stupide que j'etais, j'avais achete un appart quand j'etais etudiant et je le loue! Mais j'ai quand meme le moral de savoir qu'en France, les docteurs interessent l'industrie... Et meme pour faire de la recherche!!!! Mais faut avoir envie de bouger aussi....

le_lion64 à 11:32, le 16.03.06 - Haut


Hey les amis,
que ce que vous dîtes. Vous m'avez réveillé ou bien je rêve... Je suis un chercheur tunisien, je pense venir chez vous continuer ma thèse en biologie. Je suis déçu par les quelques lignes que j'avais lu. que ce que vous dîtes je reste ici ou je tente le Canada.
Bonne journée à tous.

Hafedh à 10:31, le 24.11.06 - Haut


Je fais moi aussi une thèse et je crains de ne pas attendre 4 ans pour tourner le dos à la recherche française.le milieu universitaire est ecoeurant encore plus quand il s'agit de sciences sociales ou le nombre de poste est ridicule et ou les querelles de clochers vont bon train.
merci en tout cas c'est réconfortant de voir que certains sont encore lucide concernant le milieu de la recherche.

C.cecile à 20:59, le 08.01.07 - Haut


Effectivement, beaucoup d'étudiants se reconnaissent dans ses belles illusions perdues. Le plus dramatique est que, du coup, la science (au sens large) n'avance pas beaucoup à force de discutailler autour de considérations carrieristes, et c'est bien dommage...et surtout très frustrant!!
Je suis actuellement en thèse, et perd peu à peu la naiveté de l'exaltation de la recherche, qui resterait exaltante si il ne s'agissait que de chercher....et si l'étudiant ne devenait pas un homme à tout faire de luxe au sein du laboratoire...

elodie à 18:48, le 14.02.07 - Haut


moi je suis en plein milieu de ma thèse et je dois avouer que je marche dans le noir. Je me rend compte d'une part que je ne prend pas gout à la recherche et d'autre part que l'enseignement ne m'intéresse pas. Seulement voilà: je suis partagé entre l'obligation de continuer pour ne pas avoir à expliquer à un recruteur les 2 années de thèses abandonnées et l'envie quand même de la finir (pour ne pas se retrouver sans resources) puis en finir là pour la recherche.

stanley à 18:01, le 28.02.07 - Haut


Bonjour,

Je suis en M2 et j'ai la possibilité d'aller faire ma thèse dans un programme américain. je suis dans un bon labo francais avec un futur directeur de these sympathique (au dire de tous ces anciens thesards)

Qu'est ce que vous en pensez ? Que savez vous des theses americaines ?

Merci d'avance

Nyth à 21:21, le 27.03.07 - Haut


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Julie à 00:10, le 22.06.07 - Son site - Haut


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