Mes insomnies
Les mots coulent. La plume attaque nerveusement le papier, maltraitées par une main fébrile et décidémment trop lente. Le grand étalage est en route. Le corps fiévreux, le souffle court, le tri à bulle de mes pensées (complexité moyenne en O(n²)) semble enfin terminé. La grande purge redactionnelle est en marche. Tout parraît si clair maintenant, cruel, cynique et clair. Désabusé, désespéré... et clair. Les morceaux se sont emboités naturellement dans un ballet qui n'existe que dans l'agitation précédent le sommeil. C'est pour cela que je me suis relevé. Pour cela que je suis là, nerveux, à cracher le mots avant qu'ils partent, bien décidé à ne rien laisser passer.
Je sais bien qu'on n'a qu'une vie et que la nuit compte double trois fois. On l'a tellement appris qu'on ne connaît plus que ça.
disait Miossec. Cette phrase me revient régulièrement à l'esprit, perturbant le flux. À force de réécrire le passé j'ai enfin réussi à clarifier le présent. Une nouvelle feuille est maintenant empreinte de conclusions solides. Je lui jette un coup d'œil satisfait et me jette sur la suivante.
Combien diable en faudra-t-il pour en venir à bout ? Peu importe, le tout est d'en venir à bout. Je frissonne. La plume continue sa course folle, maltraitant le papier. Enfin mon esprit se vide. La main se calme, la saignée verbale se termine, je retrouve peu à peu ma lucidité. Je m'arrête, regarde attristé la petite pile de papier désordonée à l'angle de mon bureau. Le plus naturellement du monde, je prends les feuilles une par une. Calmement, je les déchire. Méticuleusement.
Adrien refaisait son lit après le sommeil pour ne pas laisser de trace de sa petite mort
. Moi je détruis les traces de mon insomnie. Je ne sais pas pourquoi mais les deux actes me semblent similaires.